Gambie : entre le dictateur, président de trop, Jammeh et la marionnette, président par défaut, Barrow, un 3é s’impose. Par Soumaïla Manga

La dictature n’est pas mauvaise en soi ! De même que la démocratie n’est pas bonne en soi ! Seulement, il y a de bons et de mauvais dictateurs. Autant, il est arrivé que le monde ait connu de pires présidents démocratiquement élus de la trempe de Bush, Hitler, Sarkozy ; autant, il y a eu des dictateurs visionnaires qui ont changé des pays comme Singapour, Corée du Sud, Chine, Ghana sous Jerry Rawlings, Vietnam, Malaisie, Rwanda sous Paul Kagame ; tous devenus de modèles de réussite économique.

Combien de jeunes sommes-nous aujourd’hui à raffoler des produits Samsung J1 à J7, Note, S7, des voitures Hyundai, des produits LG mobiles et écrans plats. Et pourtant, le pays dont les enfants sont parvenus à mettre ses produits divers sur le marché mondial a été une dictature pendant des décennies, en l’occurrence la Corée du Sud. Au même moment, une démocratie exemplaire, comme le Sénégal est toujours en mal d’assurer l’approvisionnement en eau potable dans la capitale des jours voire des semaines durant ; les abris provisoires, goulot d’étranglement pour l’éducation, y sont de l’ordre de 11% voire plus ; la santé est à la traîne ; l’insécurité a atteint des proportions inquiétantes ; la corruption est plus que méprisante.

C’est vrai, la dictature de la Corée du Sud, de Singapour, de Rwanda ou de Ghana n’est pas celle de la Gambie ; Yahya Jammeh, non plus, n’est pas Park Chung-hee, ni Lee Kwan Yew, ni Paul Kagame encore moins Jerry Rawlings. Ce que je veux que cette jeunesse dont je fais partie comprenne, ce sont deux choses : d’abord qu’elle sache penser par elle-même et non remplacer son esprit par les écrans de télé de néo-colonisation et d’abrutissement.

Ensuite, qu’elle n’accepte nullement que les autres la poussent à faire de leurs ennemis les siens. Nombreux sont ces jeunes qui honnissent Jammeh seulement parce que c’est un dictateur or nombreux aussi sont ces jeunes qui croient vivre dans une démocratie quand elle n’est que de façade ou sous tutelle. Autre chose, ceux qui s’agitent sur la question de la Gambie sont ceux-là impuissants devant lui et qui veulent nous monter contre lui. MOI JEUNE, je dis NON.

De par la petite expérience que chacun de nous a, nous les jeunesses, jamais ou rarement, nous avons vu un cas similaire à celui auquel nous avons eu en Gambie. Même si au Qatar, l’émir d’alors Al Thani père, arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat contre son propre père, finit par le céder volontairement à Al Thani fils ; il faut reconnaitre que son cas est toujours différent de celui du Big Man qui, après être arrivé au pouvoir par les armes en 1994, décide, suite à sa défaite d’alors à l’élection présidentielle du 01 décembre 2016, de le quitter après 22 ans de règne sans partage et d’une main de fer. La surprise avait été à son comble tellement personne ne s’y attendait même les plus fins analystes des questions politiques.

De partout, ont fusé appels téléphoniques accompagnés de félicitations au désormais nouvel homme fort (Barrow), comme à l’accoutumée. Les gens avaient vite fait d’oublier à qui ils avaient affaire : le Big Man de toujours. Une nouvelle ère venait d’avoir lieu en Gambie et en Afrique surtout qu’à la même période, les médias ont fait état du renoncement de Dos Santos et de Paule Kagamé de briguer un nouveau mandat. Nombreux étaient ceux qui avaient fait le rapprochement avec la situation gambienne.

Très tôt, on a commencé à tirer sur l’ambulance qui n’était pas, à vrai dire, une « ambulance ». Adama Barrow par immaturité politique, médias étrangers et droit de l’hommistes (sénégalais essentiellement) par haine, et le camp nouvellement élu par esprit revanchard font dans les menaces et le déni des actes posés par le Big Man du temps de sa splendeur : ses rapports avec la CPI et le Commonwealth.

On avait vite fait d’oublier qu’il détenait encore les rênes du pouvoir. Aujourd’hui, les choses ont pris une nouvelle tournure avec sa volte-face, rejetant les résultats de la présidentielle, aidé en cela par Alieu Momar Njie, le président de la commission électorale, qui dit avoir constaté une erreur lors de la compilation des résultats, l’écart entre Barrow et Jammeh se réduisant de 60.000 à 20.000 voix. Par là, il venait de servir une bouée de sauvetage à Jammeh qui se sentait de plus en plus acculé. Son autorité avait été à terre et sa dignité piétinée par le Gambien lambda. On l’avait crié mort, ses photos brûlées comme un Saddam kidnappé par les GIS américains.

Comment voulez-vous que Jammeh, le dictateur, réagisse ? Sinon que de renouer avec ce qu’il sait mieux, le Coran à la main, menaçant son voisin immédiat et défiant le monde impérialiste.
Alea jacta est ! Le sort en est jeté et Yahya est parti pour s’accrocher au pouvoir pour longtemps. L’y déloger par la force serait dommageable pour la sous région et l’Afrique, voire même le monde entier. Qui sait avec l’Etat islamique de la Gambie qui pourrait avoir recours aux méthodes dignes de l’EI dans son baroud d’honneur. Le laisser au pouvoir serait le laisser encore et toujours narguer le monde entier. Négocier sans tact est, à mon avis, aller à Canossa.

De tous ces cas de figure, le plus plausible serait l’indifférence avec un simulacre de mise en garde et de négociations (CEDEAO et UA) car le monde n’a aucun intérêt à s’attaquer à une Gambie exsangue sans ressources naturelles qui aiguiseraient des appétits pour certaines puissances. Surtout que les Gambiens, eux-mêmes, ne semblent pas prêts au changement, cela ne veut nullement dire qu’ils ne sont pas prêts pour la démocratie. Seulement, en voulant sanctionner Jammeh, la Gambie n’a pas eu le temps de voir si réellement Adama Barrow était l’homme de la situation. Avec la prétendue défaite de Yahya, le peuple de Gambie a su que l’homme de Yundum (président par défaut pendant une semaine) ne pourrait mieux faire que celui de Kanilaï, d’où leur indifférence depuis la volte-face de ce dernier.

Ҫ’aurait été au Sénégal, pensez-vous qu’un quelconque président puisse agir de la sorte sans faire les frais de la furie du peuple. Parce que le Sénégal n’est pas la Gambie. Donc, arrêtons de vouloir forcer nos aspirations sénégalaises aux Gambiens. Le jour où les Gambiens seront enfin prêts pour le changement véritable, personne ni même le Big Man, ne pourra les en empêcher car ils savent plus que quiconque ce qu’ils veulent. Avec le temps, Yahya Jammeh saura se faire une sortie honorable en organisant une élection que gagnera l’homme qu’il jugera apte à assurer la transition comme l’a voulu faire Barrow. C’est seulement ainsi que les meubles pourront être sauvés en Gambie.

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