( 05 Photos ) Cheikh Ndoye, de menuisier de Rufisque à cheville ouvrière

Sa grande carcasse en a surpris plus d’un depuis son arrivée en France, mais Cheikh Ndoye, passé de menuisier à Rufisque (Sénégal) à finaliste de la Coupe de France avec Angers, a su montrer de quel bois il est fait.
Avec son 1,92 m et ses 90 kilos, on l’imaginerait plus volontiers ailier de basket ou troisième ligne de rugby, que milieu d’une équipe de L1.
« Il est atypique à ce niveau de compétition », a admis son entraîneur Stéphane Moulin, à la télévision angevine.
Angers en a pourtant fait la pièce maîtresse de son projet de jeu depuis son retour en L1 en 2015, offrant à 29 ans à Cheikh – le sage en arabe – la récompense tardive d’un parcours où patience et philosophie ont été ses principaux atouts.
Né à Rufisque, à une trentaine de kilomètres de Dakar, Cheikh, comme beaucoup d’enfants, rêvait d’une carrière dans le football.
« Tu ne peux pas faire que du foot. Dans le monde du foot, tu peux réussir comme échouer. On ne sait jamais. Il faut que tu choisisses un métier », l’a prévenu son père, comme il l’a raconté au site internet du magazine So Foot.
Ce sera la menuiserie. L’ébénisterie, pour être précis. À 18 ans, il met même le foot entre parenthèses pendant un an pour s’y consacrer. Mais quand son club de Yakaar monte en 1re divisions sénégalaise en 2006, il retente sa chance pour faire carrière avec ses pieds plutôt que ses mains.
En passant par la Lorraine
Repéré par Salif Diao, ancien international sénégalais, qui a joué à Sedan, Monaco et Liverpool, il fait un essai sans suite à Stoke en 2007, puis l’année suivante, en Arabie Saoudite, mais une blessure l’empêche d’y signer.
La troisième tentative sera la bonne. Une détection organisée pour le club d’Épinal, alors en CFA, et le voilà parti vers la Lorraine, à l’automne 2009, avec deux coéquipiers, Christophe Diédhiou et Ibrahima Seck.
Une bénédiction pour affronter le dépaysement climatique et culturel, mais aussi le scepticisme local face à ces gaillards bruts de décoffrage.
« Ils ont un peu tout découvert en arrivant ici. Tous les joueurs les voyaient comme +les pieds carrés+ », a reconnu Olivier Robin, gardien d’Épinal, dans So Foot.
Avec eux, Epinal monte en National. Les clubs de la région, Nancy, Metz, Sochaux, Troyes, voient régulièrement Cheikh à l’œuvre, mais renâclent devant son profil.
– Inclassable –
C’est finalement Créteil (National) qui le fait signer en 2012 et lui permet de passer pro l’année suivante, à 27 ans, lors de l’accession en L2.
En 120 matches avec les Cristoliens, il inscrit la bagatelle de 32 buts, démontre toute l’ampleur de son registre.
« Tout le monde le voyait à Créteil, simplement je pense qu’il y a beaucoup d’équipes qui n’ont pas voulu tenter le coup avec lui », a estimé Stéphane Moulin.
Tout le jeu d’Angers a presque été construit autour de l’impressionnant potentiel athlétique de ce milieu inclassable, présent à la récupération, à la relance, pour mener l’attaque et quasiment imbattable de la tête.
Cette saison, il est le deuxième joueur à avoir remporté le plus de duels (359) en L1, malgré les matches ratés lors de la Coupe d’Afrique des Nations.
« C’est un style très particuliers, Cheikh, il faut une organisation pour qu’il puisse bien s’exprimer », a reconnu son entraîneur, qui a renoncé à son 4-4-2 fétiche pour un 4-3-3 taillé sur mesure pour le colosse.
Omniprésent sur le terrain, jovial en dehors, exemplaire à l’entraînement, Moulin en a également fait son capitaine dès son arrivée.
« On peut parfois reprocher à Cheikh un manque de technique, mais on ne peut jamais lui reprocher son engagement ni son investissement », a-t-il expliqué.
En fin de contrat en juin, il sera très sollicité, comme à chaque mercato depuis qu’il a éclaté.
A moins qu’une victoire contre le Paris SG en finale ne le convainque de poursuivre l’aventure avec le SCO…

Auteur: Jean-francois Monier – AFP – Seneweb.com

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